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#2: Le mur des 250 millisecondes
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Tout le monde sait que l'IA travaille plus vite que nous. Ce n'est pas ça l'enjeu.
L'enjeu, c'est que cette différence de vitesse repose sur une limite biologique incompressible. Vous ne pouvez pas accélérer votre cerveau. Vous ne pouvez pas « rattraper » la machine. Et si vous essayez, vous avez déjà perdu.
La vraie question n'est pas : « Comment aller plus vite ? »
La vraie question est : « Quelle posture adopter face à un seuil qu'on ne franchira jamais ? »
Il n'existe que deux réponses. Deux camps. Et le fossé entre eux devient chaque jour plus profond.
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Le Mur des 250 millisecondes n'est pas une métaphore. C'est de la neuroscience et c'est ce qui rend la situation irréversible.
En 1996, Simon Thorpe publie dans Nature une étude fondatrice : le cerveau humain peut catégoriser une image complexe en 150 millisecondes. Mais c'est du traitement perceptif pas de la décision consciente. En 1983, Benjamin Libet avait déjà démontré dans Brain que l'activité cérébrale précédant un mouvement volontaire commence 350 à 500 ms avant que le sujet prenne conscience de son intention. Votre cerveau décide avant que vous ne le sachiez.
Le temps de réaction moyen humain se stabilise autour de 250 ms, c'est notre plancher. On ne descendra pas en dessous. C'est le Mur des 250 millisecondes : non pas un obstacle technologique à surmonter, mais une frontière biologique définitive.
Et c'est précisément pour ça que rivaliser avec l'IA est une impasse.
L'IA n'est pas « plus rapide ». Elle opère dans un registre temporel différent, un registre auquel notre capacité cognitive n'aura jamais accès. Résumer 50 pages : 3 heures pour vous, 12 secondes pour elle. Analyser 1 000 tickets : une semaine pour votre équipe, 4 minutes pour l'IA. Ce n'est pas une question de performance. C'est une question de nature.
Face à ce constat, deux postures émergent. La première consiste à s'épuiser contre le mur, automatiser des tâches sans repenser les rôles, implémenter des outils en espérant « suivre le rythme ». La seconde consiste à passer au-dessus du mur, non pas rivaliser avec la vitesse de l'IA, mais l'orchestrer au service du jugement humain.
La question n'est plus : « L'IA peut-elle faire mon travail ? »
La question est : « Qu'est-ce que je fais des 7 heures et 58 minutes que l'IA vient de me rendre ? »
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Avant de parler d'entreprises, parlons de vous.
Vous avez peut-être passé cinq ans à maîtriser un logiciel, une technique, un métier. Vous avez accumulé des diplômes, des certifications, des lignes sur un CV. Et pendant ce temps, une IA a appris à faire la même chose en quelques mois, souvent mieux, toujours plus vite.
Ce n'est pas une critique. C'est un constat.
L'étudiant qui passe 40 heures à rédiger un mémoire rivalise avec un outil qui produit une première version en 3 minutes. Le graphiste junior qui peaufine un logo pendant une semaine concurrence Midjourney qui en génère 50 variantes en 30 secondes. Le comptable, le rédacteur, l'analyste, le développeur junior, tous font face au même mur.
Et la réponse n'est pas de travailler plus dur. La réponse n'est pas de "se former à l'IA" comme on ajoute une ligne sur LinkedIn. La réponse, c'est de changer de posture. De passer de l'exécution à l'orchestration. De la compétition avec la machine à la direction des machines.
Les compétences qui comptent désormais ne sont pas celles que l'IA maîtrise. Ce sont celles qu'elle ne peut pas remplacer : le jugement contextuel, la vision stratégique, la capacité à poser les bonnes questions, l'intelligence relationnelle, la prise de décision sous incertitude.
Vous n'êtes pas en retard. Mais vous êtes à un carrefour.
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Mai 2023. Air India lance AI.g : le premier assistant virtuel génératif de l'industrie aérienne mondiale. Ce qui s'est passé depuis illustre parfaitement la posture du Camp B.
Les chiffres d'abord : 97% d'automatisation complète des requêtes clients. Plus de 8 millions de requêtes traitées depuis le lancement. 50 000 questions par jour couvrant 1 300 domaines différents. Le tout dans 4 langues. Et pendant ce temps, le trafic passagers a doublé sans augmentation des effectifs au centre d'appels. Le plus révélateur ? Des compagnies aériennes américaines et européennes contactent maintenant Air India pour répliquer leur modèle.
Mais ce qui m'intéresse, ce n'est pas la technologie. C'est l'architecture de la décision qu'ils ont mise en place.
Air India n'a pas simplement « automatisé le support client ». Ils ont redessiné l'ensemble de leur organisation autour d'une question fondamentale : qu'est-ce qui doit être traité par la machine, qu'est-ce qui doit être augmenté par elle, et qu'est-ce qui doit rester intégralement humain ?
Cette approche, que je détaille dans mon livre, est exactement ce qui sépare les organisations qui subissent l'IA de celles qui l'orchestrent. Air India ne le sait probablement pas. Mais ils l'appliquent intuitivement.
Ils n'ont pas essayé de rivaliser avec la vitesse de l'IA. Ils ont redessiné leur organisation pour orchestrer cette vitesse.
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Depuis 18 mois, j'observe les entreprises face à cette révolution. Deux camps se dessinent, et la frontière entre eux devient chaque jour plus nette.
Le Camp A rassemble ceux qui subissent le décalage. Ils voient l'IA comme une menace ou comme un gadget. Ils attendent que « ça se tasse ». Ils implémentent des outils sans repenser les processus — comme si coller un moteur de Ferrari sur une charrette allait la transformer en voiture de course. À l'échelle individuelle, ils continuent de postuler pour des postes qui n'existeront plus dans trois ans, de perfectionner des compétences que l'IA maîtrise déjà mieux qu'eux. Leurs équipes sont anxieuses, leurs managers sont dépassés, leurs clients sont impatients. On les reconnaît à leurs phrases : « On a ChatGPT, mais personne ne l'utilise vraiment. » « On attend de voir ce que font les concurrents. » « C'est le département IT qui gère ça. »
Le Camp B rassemble ceux qui orchestrent le décalage. Ils ont compris que la vitesse de l'IA est un levier, pas une destination. Ils redessinent leurs processus autour de trois questions : Qu'est-ce qui peut être automatisé ? Qu'est-ce qui doit être augmenté ? Qu'est-ce qui doit rester humain ? On les reconnaît autrement : chaque rôle a été repensé, pas remplacé. L'IA amplifie l'expertise existante. Les gains de temps sont réinvestis dans la valeur ajoutée.
Le Camp A optimise des processus du 20ᵉ siècle avec des outils du 21ᵉ. Le Camp B invente les processus du 21ᵉ siècle. La différence ? Dans 3 ans, elle sera irréversible.
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J'ai passé 12 mois à décortiquer cette transformation. À interviewer des dirigeants. À analyser des cas comme Air India. À construire un cadre de pensée actionnable — pas une théorie abstraite, mais une méthode pour naviguer concrètement cette transition.
Le résultat ? Un manifeste. Un guide. Une boîte à outils.
L'Architecte Numérique : Orchestrer les intelligences à l'ère de l'IA
Ce livre paraîtra le 05 Janvier 2026 sur Amazon, Kobo et Ingramspark. Ce n'est pas un livre sur l'IA. C'est un livre sur vous et sur le rôle que vous choisirez de jouer dans cette nouvelle ère.
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Le futur est déjà là — il n'est simplement pas distribué de manière égale. William Gibson
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Vous êtes dans quel camp ?
Pas votre entreprise. Pas votre industrie. Vous.
Camp A : vous subissez le décalage, vous perfectionnez des compétences que l'IA maîtrise déjà, vous attendez de voir.
Camp B : vous orchestrez le décalage, vous vous repositionnez sur ce que l'IA ne peut pas faire, vous construisez.
Vous venez de passer 4 minutes de ce côté du Mur. Le prochain numéro va plus loin.
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Cordialement Michel Fotsing
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TechVibes
Quebec Canada
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